SMITHS0N1AN LIBRARIES juins" s 3 i a va a nZLi b r ar i es^smithsonian^institution ^Nounn v> . 5 co — NIAN INSTITUTION N0I1D1I1SNI NVIN0SH1IIAIS S3ldVHan Il B RAF •" ^ — ^ 2 . • r- ^ r- *ê ë if II 5 WL ot 5 — w \ Z (fi juins saiavaan libraries smithsonian institution noiiiu 2 ..*. 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PÉRIER Editions de L'ESSOR COLONIAL 2G-30, Rempart Kipdprp ANVERS Prix: fr. 1.50 LE BLANC ET LE NOIR CURIOSITÉS CONGOLAISES/ PAR Q.-D. PÉRIER Editions de L'ESSOR COLONIAL 26-30, Rempart Kipdorp ANVERS QUELQUES OUVRAGES DU MÊME AUTEUR Proses a Gilles luijck, contes i vol. in-18 . . . . épuisé Œ'Edition Artistique, Verviers- Paris) Le rôle de la littérature coloniale, i tract. . . épuisé (Revue économique et coloniale, Bruxelles) Moukanda, choix de lectures sur le Congo et quelques régions voisines. Abondamment illustré. Broché Fr. 4.50 Relié Fr. 10.— (J. Lebègue et C°, Office de Publicité, Bruxelles) BATOUALA ET LA LITTERATURE COLONIALE, épuisé (tirés à part de "Notre Colonie" Bruxelles) Promenades, i tract. (Collection "Exil", Bruxelles) . Fr. 2.00 Les contes, ce sont les autres, i vol Fr. 6.00 (La Renaissance d'Occident, Bruxelles) A PARAITRE: Le Blanc et le Noir. (Nouvelle série) La colonisation pittoresque Rayon d'art nègre IL A ETE TIRÉ DE CET OUVRAGE VINGT-CINQ EXEMPLAIRES SUR HOLLANDE NUMÉROTÉS DE 1 A 25, DONT CINQ EXEMPLAIRES HORS COMMERCE. ?/ 1 .\W*iT\ PREFACE Des curiosités congolaises se mêlent à notre vie. Pas une n'est inutile et combien proposent une leçon attrayante !... En octobre 19W, à propos d'une enquête visant à la création de bourses de voyages destinées aux artistes dé- sireux de se rendre dans la Colonie, le Ministère des Scien- ces et des Arts, n'hésitait pas à affirmer : « Le meilleur ouvrage littéraire que notre Congo ait inspiré est l'œuvre d'un Suisse... Cette constatation ne laisse pas d'être un peu humiliante pour nous. Comme la France, la Belgique se devrait d'avoir une littérature coloniale, et, dans notre empire africain, ce n'est pas la matière qui manque. » Il nous semble connaître ce livre à la fois ironique et ro- manesque auquel faisait allusion notre Département des Lettres. Il porte ce titre amusant : « Des gorilles, des nains et même... des hommes. » Octave Maus, le perspicace animateur du mouvement esthétique belge écrivit en tête, une courte préface. C'est peut-être la dernière page tracée de la main du critique d'art trop tôt disparu. Lui, qui avait aimé et favorisé les tentatives audacieuses devina l'intérêt plus aigu qui allait s'attacher à notre colonie et pénétrer notre sensibilité par le côté pittoresque et humain. Nos artistes ont ressenti l'émotion nouvelle. Elle a guidé plus d'un d'entre eux. Il - 4 - 1 ■ : , f i < # semï donc exagéré de prétendre que V étranger nous ait montré la voie. * Sans doute sa littérature a fait quelque place aux ouvra- ges rekitifs à notre Congo. Un amateur danois a écrit, à notre avis, des romans congolais qui, par la substance et la forme, dépassent de beaucoup la plupart des œuvres du même genre. Plus d'un mériterait d'être traduit en fran- çais comme tous Vont été en allemand. L'Allemagne n'ignore point le rôle éducatif de la littéra- ture coloniale. Sous une couverture rouge, illustrée de masques et de fétiches, circulent outre-Rhin bien des his- toires exotiques. Le thème de quelques-unes transporte dans notre domaine africain. Les écoliers y peuvent puiser de suffisants prétextes à leurs rêves d'explorateurs. Nous avons rencontré ailleurs de petits bouquins d'un format facile et d'aspect aguichant qui invitaient aux voyages vers le Congo. Un marchand des quatre saisons vendait l'an dernier dans les rues de Florence les « Memorie di un es- ploratore. Al Congo » de Mr. Cipolla. Excellemment édité dans la collection des « bréviaires intellectuels », recouvert de cuir, ce joli recueil populaire coûtait une ou deux lires. Irons-nous citer les nombreuses « novels » anglo-saxonnes où maints voyageurs signalèrent les charmes du Congo? Quoi qu'il en soit, on ne peut nier qu'une littérature co- loniale se développe également en Belgique. « Le Feu dans la Brousse », « Bass-Bassina-Boulou », « Sous les Man- guiers en Fleurs », tant de contes et nouvelles publiés à peu de mois d'intervalle en témoignent. Quelques-uns de nos meilleurs écrivains alimentent leur imagination de pen- sées suggérées par des événements, des paysages, des ob- jets d'art congolais. Utilisons cet état d'esprit. Aucune for- ce ne se doit perdre. A ce sujet, la belle revue littéraire anglaise « The Lon- don Mercury » souligne le rôle utile de V écrivain dans les entreprises coloniales. Prenant prétexte de V exploration du mont Everest, le périodique de Londres regrette qu'un élément précieux soit fréquemment négligé dans ces sortes d' expéditions . «Ceux qui les organisent, écrit-elle, ne man- quent pas de se procurer à, grands frais le plus souvent, les meilleurs spécialistes dans chaque matière, les savants, géographes, géologues, minéralogistes, le médecin, les photographes, voire V opérateur de cinématographe. Il n'en est qu'un qu'ils oublient obstinément : c'est l'écrivain à qui incombe la charge difficile entre toutes, de raconter pour des milliers de lecteurs présents et futurs, l'expédi- tion. Et cependant sans lui, on peut dire que celle-ci est d'avance mort-née. Elle a eu beau accumuler les tours de force et les prouesses, avoir reculé jusqu'à d' invraisembla- bles limites, les preuves de l'énergie et de l'intelligence hu- maines, tous ces exploits sont à peu près comme s'ils n'é- taient pas. Il manque l'homme capable de les fixer pour toujours en des pages qui défieront le temps. » De telles considérations ne sont pas inopportunes au seuil de cette brochure où l'auteur essaya de noter l'attrait et la signification de quelques curiosités coloniales. Cette publication inaugure la série de petits volumes que « l'Es- sor Colonial » se propose de mettre en vente à prix réduit. Nous espérons qu'ils obtiendront le succès que les collec- tions coloniales de l'espèce ont recueilli chez nos voisins. LES EDITEURS. Gurios et Gurieux Depuis quelques années, l'Afrique a gagné à sa cause, non plus les économistes, mais les érudits, les collection- neurs et les artistes. Chose digne de remarque, le soleil tropical n'est pas même nécessaire pour susciter, parmi ces gens d'études, plutôt casaniers, le mirage enchanteur. Quelques fétiches suffisent à alimenter leur enthousiasme. Ils y ont découvert des beautés que ne soupçonne pas en- core le profane. Des sources d'inspiration se révèlent sous l'architecture sobre et prenante de certaines figurines du Congo. Je viens d'avoir la bonne fortune de rencontrer un esthéticien français qui leur doit, me confie-t-il, des joies profondes. Mon compagnon de quelques journées n'est ni un snob, ni un dadaïste subversif, mais un quinquagénaire pondéré, encore que parisien très averti. Ce n'est pas un simple flâneur amusé de toutes choses, mais un intellectuel d'un grand savoir. On lui doit un ouvrage recherché, écrit en collaboration avec le conservateur d'un important mu- sée, sur l'Art Nègre. Il connaît les principaux posses- seurs d'objets congolais. Il m'étonne par ses informations précises sur une matière qui me passionne depuis fort long- temps. Il me déclare tout de suite : « Je vais vous conduire chez Mr H., Boulevard Lemonnier. Ce colonial possède la plus belle série Cantiques nègres que je connaisse. » Au fait, le salon où nous sommes reçus, réunit des sculp- tures centre-africaint s somptueusement patinées et de lignes vraiment classiques. Sur la cheminée, une suite de « bronzes » forme le « clou » de cette collection rare. Et ces « bronzes » ne sont pourtant que des têtes de bois admirablement façonnées. L'une d'entre elles passerait aisément pour le portrait de la reine Isabeau. Entre ses doigts prudents, mon guide tourne et retourne la gracieuse image pour la contempler sous les angles variés de la lumière. D'autres œuvres, autour de nous, aguichent le regard. Ce sont des vases, des coffrets, un lit indigène, un tam-tam, où se reconnaît, stylisée, la forme d'une main, signe distinctif de la tribu des Baluba. Notre hôte nous raconte l'histoire de ses trouvailles. Elle constitue le film vivant d'un voyage artistique dans la brousse congolaise. Après avoir quitté l'explorateur, mon compagnon m'affirme que des marchands américains et français lui ont offert de fortes sommes pour ses bibelots africains. « Deux de ces marchands, ajoute-t-il, habitent aux envi- rons de l'avenue Louise. Je compte leur rendre visite. » J'apprends ainsi que les « curios » africains trouvent de nombreux amateurs et alimentent des échanges fréquents. Un marché aux fétiches rassemble les connaisseurs belges et étrangers (surtout étrangers) chez un antiquaire anver- sois. Ces détails justifient, chez nous, la création de la société « Les Amis de l'art congolais ». Le but de celle-ci est d'abord de signaler l'intérêt des ouvrages d'art de notre Colonie. Elle tâchera, en organisant des expositions, d'éveiller et d'entretenir le goût pour ces ouvragés artis- tiques. Elle engagera nos compatriotes à acquérir les bel- les pièces, afin d'empêcher qu'elles ne quittent notre pays. Il ne faut plus dédaigner les statuettes indigènes. Elles pourraient remplacer bien des horreurs de plâtre ou de zinc bronzé, dont s'encombrent nos étagères. En elles, parlent et la religion et la sensibilité des Noirs. Elles complètent les relations des voyageurs. Leur gravité hiératique in- — 9 — cite à la méditation qu'appelle le mystère. Ces figurines ne sont-elles point parentes des sphinx égyptiens? Elles pro- posent aussi un peu de l'énigme qu'à travers les siècles, l'Afrique offrit à l'inquiétude septentrionale. Or, comme nous atteignons le haut de la rue de la Ma- deleine, l'écrivain mélanophile avise un magasin de cu- riosités. De loin, il aperçoit, parmi des magots informes, la grave attitude d'un dieu nègre. — Savez-vous ce que disait Delacroix ? Quand on se trouve devant une œuvre d'art, il faut que de loin, avant d'en deviner le sujet, on soit déjà charmé soit par la cou- leur, soit par la ligne. Presque toujours, la puissance architectonique des sculptures nègres s'annonce à distance et ne déçoit pas de près. De combien d' œuvres de la statuaire moderne en pourrait-on dire autant ? Il serait naïf de prétendre plus longtemps que l'Afri- que Centrale n'a point de monuments. Ces témoins de l'his- toire existent, pour ce continent, comme pour le nôtre. Sachons les interroger et les comprendre. Vn jeune explorateur Cette histoire pourrait commencer comme celles que les grand'mères contaient, jadis, aux enfants sages. Il était une fois. . . Pourtant il ne s'agit point d'une fable du temps passé. Ce n'est même pas le récit d'aventures comparables à celles d' « Un Capitaine de Quinze Ans ». La petite his- toire que je veux conter est simplement vraie. Il me semble trouver en elle un peu du charme des meilleures pages de Robinson Suisse. Et que n'y ajoute pas la vérité ? Si je pré- parais mon fils à la carrière coloniale, je la lui répéterais volontiers. Au lieu de lui parler des traitements gradués du fonctionnaire, qui est une façon d'éveiller des instincts de lucre, de montrer la colonisation comme un moyen de gagner de l'argent, d'éteindre les aspirations désintéres- sées, je causerais avec lui du Guy Wernham. Ce garçon de seize ans, dont le visage conserve encore les traits indécis de l'enfance, est le fils d'un savant du Musée de South Kensington, à Londres. Chargé d'une mis- sion botanique, M. Wernham préparait un voyage au Ca- meroun lorsque la maladie est venue renverser ses projets, empêcher l'achèvement de travaux de toute une vie. Guy aussitôt a voulu remplacer son père, dont il avait suivi, dès lage le plus tendre, les études et les expériences. Il s'est embarqué seul. Il a traversé déjà la brousse africaine, accompagné simplement de quelques porteurs noirs. Son arrivée au poste, où l'attendait un ingénieur agricole, n'a pas manqué de surprendre les indigènes. Ils ont entouré le — 12 — gamin qu'ils ne pouvaient croire si jeune. On a dit aux « boys » : « Voici un vrai boy ! » Naïvement, le jeune natu- raliste, signale ainsi à sa sœur, qui est sa confidente, les moindres faits de son voyage. Les regards pénétrants de la jeunesse ne laissent guère échapper ce qui mérite d'être retenu. Ils s'arrêtent parti- culièrement sur l'habileté des artisans indigènes. Les écoles industrielles attirent l'attention de l'écolier de la veille, devenu l'explorateur d'aujourd'hui. Il note qu'on y fabrique excellemment toute espèce de choses, depuis des bureaux jusqu'à des coquetiers gracieux. Les sculp- teurs d'ivoire qui façonnent des objets dignes de joailliers reçoivent sa visite et il ne se détourne ni des tis- serands, ni des savetiers. Les métiers où se retrouve l'origine des mécanismes les plus perfectionnés rattachent l'exilé à la civilisation. Dans les occupations manuelles, les races adoptent les mêmes attitudes. Combien de celles- ci indiquent l'émouvante similitude qui unit mystérieuse- ment entre eux les hommes les plus éloignés. On croit avoir tourné le dos à la civilisation et elle attend, même sous une apparente sauvagerie, l'observateur sympathique... A Bitye, le botaniste imberbe est accueilli par le spé- cialiste qui guidera ses recherches dans le monde des plantes. La maison de briques rouges, où Guy prend ses quartiers rappelle la demeure familiale. Il se réjouit d'avoir aperçu, dans la bibliothèque, un ouvrage de son père. Le site l'enchante. Il s'exclame : « On a beaucoup exagéré au sujet du climat d'Afrique. Je n'en suis pas in- commodé et me porte à ravir 1 » A courir les sentiers interminables, Master Wernham s'est mis en tête d'organiser la télégraphie sans fil. Il veut rester en contact avec ses maîtres, écouter leurs avis en pleine savane s'il le faut pour l'exactitude de ses investi- Il — gâtions. Il n'est pas impossible qu'il réussisse. Son passé, car il a déjà un passé, renseigne à cet égard. Quand il était encore en Angleterre, cet audacieux petit écolier corres- pondait avec sa sœur d'un côté de la table à l'autre en frappant du couteau ou de la fourchette selon les rythmes de l'alphabet Morse. N'est-ce pas dire que Guy Wernham est de l'étoffe, dont se font les inventeurs, pour lesquels rien n'est impossible ? La randonnée de cet explorateur de seize ans à travers l'Afrique n'est pas à son terme. Elle nous réserve peut-être encore quelques curieux épisodes. Mais, dès à présent, ce que nous en connaissons, renferme une jolie leçon de piété filiale et de précoce énergie. Sous le signe de la Couleur Je n'aime pas les livres de médecine, mais bien ceux qu'écrivent parfois les médecins. Je dis parfois, car, en général, ils écrivent peu pour le profane. Nous voyons tant de misères et physiques et morales, me disait l'un d'eux, que si nous nous mettions à les conter, on n'y croirait pas. On nous taxerait d'avoir l'imagination fertile comme de simples romanciers. La clientèle se défie instinctivement de cette espèce. Cette boutade n'a pas fait passer mon goût pour ces sortes d'ouvrages. J'avoue même, en le regrettant, n'y point rencontrer souvent la folle du logis. Ils sont précis, pleins de faits utiles, et leur sécheresse, résultat des disci- plines scientifiques, laisse apparaître toute la vérité à qui il ne faut pas d'artifices pour plaire. Elle a un style bien à elle et qui passe tous les autres. Voilà ce que je pensais en découvrant la traduction anglaise, qui vient de paraître, du journal d'un docteur alsacien. Il est intitulé « A l'orée de la forêt vierge. Expériences et observations d'un doc- teur en Afrique Equatoriale. » (1) Dès la première page, je suis pris. Il ne s'agit pourtant pas d'aventures extraordinaires. C'est la confession sin- cère d'un homme cultivé qui a entendu un appel. L'appel de la Muse? Non, celui de l'Afrique. — Pour s'enrichir? (i) On the Edge of thc Primeval Forest, Albert Schweitzer, translatée! by Ch. Th. Campion. — iô — — Gomme vous êtes pressé. Ne faites pas injure à un homme que vous n'avez pas entendu. Ecoutez-le : J'ai abandonné ma place de professeur à l'Université de Strasbourg, mes travaux littéraires, mes joies de musicien, mon orgue, pour me rendre comme médecin en Afrique Equatoriaie. Pourquoi? Parce que j'avais lu les misères physiques dont souffraient les Noirs dans la forêt vierge. Des missionnaires m'en avaient parlé. Plus je réfléchis- sais à cette situation, plus il me paraissait singulier que nous, Européens, nous préoccupions à peine de cette grande tâche humanitaire s' offrant à nous dans les pays lointains. La parabole du « Mauvais Piiche » me sem- blait écrite pour les hommes d'aujourd'hui. Nous sommes les riches. Grâce aux progrès de la science médicale, nous possédons tant de ressources pour vaincre la souffrance et la maladie. Ces incalculables avantages font de nous de nouveaux riches. Cependant, là-bas, dans les colonies, at- tend le pauvre Lazare, le peuple noir, qui souffre de tant de maux comme nous, non, bien plus que nous, parce qu'il ne possède aucun moyen de les combattre. Et, si le Mauvais Riche pécha contre le malheur accroupi sur son seuil, nous péchons contre le pauvre, assis devant notre porte. Alors commence le récit d'un voyage vers la côte oc- cidentale d'Afrique et l'installation du médecin au bord de la sylve equatoriaie. Sa modeste demeure s'élève au milieu de palmiers, d'orangers et de citronniers. Bientôt, s'orga- nisera à côté, un hôpital pour indigènes dont les frais ne dépasseront pas quinze mille francs par an. Le clinicien n'aura d'autres aides que sa femme et un nègre intelligent. Pourtant les patients sont nombreux. Ils arrivent fréquem- ment de loin, de villages situés à plusieurs journées de - i7 -- marche. Tous ne peuvent pas être examinés le même jour. ïîs attendent patiemment leur tour, s'étant munis de pro- visions. Le docteur accomplit des opérations chirurgicales. Le plus souvent, il traite des hernies étranglées. Chose cu- rieuse, cet accident se produit chez les habitants du Centre de l'Afrique plus souvent que chez nous. Combien d'indi- gènes sont morts dans des tortures atroces faute d'avoir été opérés à temps. Et le bon docteur se réjouit d'être là maintenant. « Comment décrire mes impressions quand un pauvre diable m'est amené dans cet état? Je suis la seule personne, à des centaines de lieues à la ronde, qui puisse le soulager et je sais qu'après l'opération il s'exclamera : Je ne souffre plus!... je n'ai plus mal! J'attends ce réveil. Le soleil africain traverse les caféiers et s'insinue dans la hutte sombre. Le Blanc et le Noir sont assis l'un près de l'autre. Ils se tiennent la main. Ils comprennent tous deux à présent, par expérience, que tous les hommes sont frè- res. Que je désirerais voir arriver ici mes généreux amis d'Europe pour qu'ils vivent une heure pareille ! » Je voudrais suivre pas à pas ces notes écrites au jour le jour. Elles contiennent à côté d'informations pratiques relatives à l'hygiène et à la main-d'œuvre noire, de péné- trantes considérations sur la vie du médecin colonial. Mais je ne puis m'étendre. Aussi bien, la fin du livre en résume l'esprit. Notre civilisation, conclut l'auteur, a une grande dette à liquider, vis-à-vis des races de couleur. Ce n'est pas à notre gré, que nous pouvons leur offrir des avantages, mais par devoir. Ce devoir d'humanité, le Gou- vernement seul n'est pas en mesure de le remplir. On sait que de grandes puissances coloniales ne trouvent pas suf- fisamment de docteurs... Il faut donc que la Société et ses membres, individuellement, prennent part à la tâche — i8 — humanitaire. Nous devons avoir des médecins se rendant, sous leur propre impulsion, chez les peuples de couleur. Et ils doivent être prêts à supporter tout ce dont les privera l'éloignement du pays et de la civilisation. De science per- sonnelle, je puis affirmer qu'ils trouveront , en échange de ce renoncement, d'amples récompenses dans le bien dont ils seront les dispensateurs de chaque jour. Quelle noble profession de foi pour ceux qui s'enrôlent sous le signe de la Douleur ! Gontes Comme la plupart des coloniaux, il parle peu. Ce- pendant, depuis qu'il a vu mes fétiches, il devient plus expansif . ÏI aime la brousse et connaît bien les indigènes. Il a vécu dix ans parmi eux comme recruteur de main- d'œuvre pour les mines et les autres entreprises indus- trielles du Katanga. On dirait que mes statuettes de bois le rassurent au sujet de mes préjugés. On a chacun les siens pour juger ceux des autres. Sans doute, ceux de mon visi- teur et les miens concordent-ils ! Quoi qu'il en soit, le colo- nial parle des Noirs avec sympathie. — En Afrique, dit-il, il n'y a point de veuves qui ne soient pas secourues, ni d'orphelins abandonnés. J'aime à entendre confirmer par un homme d'expérien- ce, cette observation déjà lue dans certains ouvrages. Je mets volontiers mon hôte sur le chapitre de l'amour filial chez les Nègres, de cette affection incessante des mères pour leurs enfants et que ceux-ci rendent à celles dont ils n'oublient jamais le dévouement. — A ce propos, laissez-moi vous traduire une fable de là- bas. Il y en a tant et de si jolies. Combien de fois dans l'ennui des five-o'clocks obligatoi- res ai-je pensé : Si Peau d'Ane m'était conté... Aussi je me montre tout de suite attentif. Derrière ses rondes lunettes cerclées d'écaillé, le recruteur a l'air d'une mère-grand. — Il y avait une fois (bien des histoires nègres commen- cent comme les nôtres, explique-t-il) une femme qui n'a- vait pas d'enfant. Elle alla trouver le sorcier qui lui de- — 20 — manda : « Que me veux-tu? » — « Je voudrais avoir un petit enfant», répondit la femme -et l'homme se mit à lui parier ainsi : (( Va, et quand tu rencontreras un petit ani- mal, tu ne te détourneras pas, mais tu le prendras dans tes bras. » La femme se rendit chez sa sœur. Précisément devant la hutte, d'innocentes créatures jouaient dans la- boue. Une d'entre elles s'approcha de la femme qui s'en écarta et la repoussa en criant: «Va-t-en car tu vas me salir ». La mère vint qui emporta le petit être et le dé- barbouilla soigneusement. L'autre femme attendit en vain- toute une année après î 'enfant qu'elle espérait toujours- Déçue, elle s'en retourna chez le féticheur et lui demanda: « Où est donc le petit que j'attendais? » Le sage médecin du corps et de l'âme lui répondit: « N'as-tu pas vu le pe- tit animal dont je t'avais parlé?» — «Non», rétorqua la femme. Mais l'homme aussitôt ajouta: «Si, tu l'as vu, mais tu ne l'as pas pris dans tes bras. » Et la femme en- core de répondre: «Je n'en ai pas vu, te dis-je». «Ecoute,, reprit le conseiller, tu es allée chez ta sœur. De tout pe- tits enfants jouaient dans la boue. Tu n'y pris pas garde et tu repoussas même le moins propre. C'est la mère, celle- là, qui malgré l'ordure, l'a emporté contre elle, le pressant avec amour. Femme, tu n'auras point d'enfant. Seules, celles qui les aiment en ont». Et la femme s'éloigna, aban- donnant tout espoir d'être mère. — A la vérité, votre conte n'a rien de sauvage. — Tous les contes des «sauvages» sont, comme celui-ci* pleins de poésie, sinon de tendresse. Les Congolais ne sont pas des barbares. Ceux qui connaissent leurs fables l'ont dit avant moi: ((Ce sont des hommes et leurs façons de penser, si curieusement exprimées dans leurs récits, peuvent amuser et instruire d'autres hommes, nous-mê- mes.» — 21 — Je regarde ce Blanc revenu des Tropiques. Ses yeux, à la cornée jaunie, filtrent une flamme claire et douce. Ils regardent comme ceux des enfants prêts à interroger et, comme ceux des enfants, ils voient tant de choses que nous ne reconnaissons plus. Ce rude recruteur répète encore d'autres fables. Je me dis «C'est un rêveur » puis je me souviens de tant d'au- tres voyageurs qui avaient retenu si peu de chose de l'Afrique, de cette Afrique dont on n'entend pas ia voix. Combien m'avaient déclaré: «C'est incroyable comme les Nègres bavardent. Sur ie bateau, derrière la hutte, le soir, ce sont d'interminables conversations. On se demande ce qu'ils peuvent se raconter ainsi continuellement.» Que n'avaient-iïs prêté une oreille exercée aux propos de leurs boys! Ils n'ont ni livres, ni journaux, les Noirs. Ce ramage, ce sont les traditions et les nouvelles, le poème et le roman. Quels enseignements pour qui consent parfois à l'écouter. Mon rêveur l'a compris. Il connaît admirablement plu- sieurs dialectes indigènes. En me quittant, il m'offre la grammaire pratique d'un idiome parlé entre Sakania et Elisabethville. Cette méthode, dont il est l'auteur, a été imprimée par des apprentis de couleur au moyen d'un ma- tériel médiocre. Telle quelle je me réjouis de la posséder. Elle est remplie de mots harmonieux. C'est comme une introduction à la littérature merveilleuse des Nègres. î)es mots... Des mots ! Des mots ! disait d'un air dédaigneux cet homme grave qui n'en comprenait plus la poésie. Il se con- damnait lui-même puisque son métier était de remplir des feuilles et des feuilles pro patria dans un bureau où il avait le contentieux. Il ne les comprenait plus que rangés en formules, sous la forme de clichés. Un « intellectuel » de cette sorte est difficile à tromper, prétendait Remy de Gourmont qui ajoutait « à défaut de mémoire, il a de l'in- stinct et on ne le ferait pas coucher avec une phrase qui ne se serait pas prostituée à plusieurs générations de gri- mauds.» Des bonshommes de l'espèce sont légion. Com- me ils estiment avoir accompli un effort suffisant en ca- taloguant les « poncifs » de leur langue maternelle, bien fol qui décidera ces sourds éloquents à apprendre un autre idiome. Cela ne les empêchera point de juger ceux qui le parlent et de les appeler « barbares ». Ah ! mon ami le recruteur, comme j'apprécie votre si- lencieuse sagesse, vous qui êtes devenu grammairien dans la brousse. Vous n'êtes cependant pas un touriste de salon équipé de pied en cap d'accessoires inutiles. On vous a rencontré l'an dernier à plus de trois journées de marche de Bukama. Trois porteurs noirs vous accompagnaient, c'est-à-dire tout juste le personnel strictement indispensa- ble pour transporter vos bagages. Dieu sait si ceux-ci étaient lourds! En dehors d'un lit de camp et d'une caisse de provisions, ils comprenaient peut-être bien en- core quelques couleurs, un carnet et un livre. Votre dur — 24 — métier vous a rendu indifférent au confort qui retarde les déplacements. Vous voyagez sans tente et vous dormez, à la belle étoile, sous la protection d'une simple mousti- quaire. Mais, «practical man>\ ayant réduit à la plus sim- ple expression votre garde-robe, vous n'avez jamais songé à vous débarrasser de votre bouquin, de vos pinceaux, ni de ce calepin, qui s'est multiplié et dont vous me parliez comme d'un « compte en banque ». Ses feuillets pourtant ne sont couverts que de mots. Des mots, des mots !... Mais les mots sont les médailles de l'histoire, disiez- vous en reprenant l'aphorisme célèbre. En notant les con- versations de mes porteurs, je m'instruis et m'enrichis d'expérience. Ces mots indigènes m'apprennent bien mieux l'histoire du Congo que n'importe quel manuel sa- vant, ïl faut aussi convenir qu'entre les autochtones et le pays existent des rapports, dont seule la langue nous peut indiquer l'intérêt. Rappelez-vous quel profit, tira Living- stone ou Burton, de la connaissance des dialectes ban- tous. Que de choses dans une épithète, pensait le premier de ces explorateurs! 0 avait décelé la' lâcheté d'un cruel marchand d'esclaves dans le surnom que lui avaient don- né les Nègres. Ceux-ci l'appelaient « Matakenya », qui signifie «tremblant comme la feuille sous l'orage ». On sait que Livingstone respecta toujours les noms donnés par les indigènes aux montagnes et aux cours d'eau de leur pays, sachant quelle indication précise l'observateur y pourrait retrouver. Il ne dérogea qu'une seule fois à cette règle en dénommant l'admirable cataracte du Zambèse, chute Victoria, en l'honneur de la Reine d'Angleterre. Pour comprendre l'âme d'un peuple et la signification du décor où elle s'exprime, il faut entendre sa langue, la révélation de chacun des vocables qui la composent. Afin de rendre ioute l'agilité fraîche d'un ruisseau d'Afrique- il a suffi à Courouble de traduire, pour nous, le nom de la rivière, « Tukaya », celle qui court sous les f milles. Et ce sont les habitudes, les usages pittoresques des Con- golais qui se dépeignent sous le moindre substantif ! « Ki- lindo », en dialecte Lala-Lamba, signale la femme ou l'en- fant qui chasse les oiseaux dans les champs au temps où le sorgho mûrit. C'est un trait d'industrie locale que le mot « Kuengula » enseigne, car il veut dire enlever la graisse qui surnage dans la fabrication de l'huile de ricin. Est-ce pas tout un portrait que suggère le verbe « pardon- ner », puisque « Kuikumbata » c'est l'action de se croiser les bras sur la poitrine, les mains aux épaules et la tête penchée en signe de regret ? Rien que le mot « Kukanda » vous expliquera un peu de médecine indigène. ïl signifie en effet, laver une partie du corps à l'eau chaude en mas sant. C'est le remède employé par les Nègres en cas de contusion. Que d'autres leçons, les mots nous proposent encore ! Mais il ne faut point se contenter de baragouiner du kiswahéli ou du lingala pour s'imaginer connaître une langue indigène. A se limiter au vocabulaire des gosses d'un village, on s'expose à recevoir cette réponse que fit un chef noir à un missionnaire essayant de l'instruire : « Mon père, tu as sans doute appris la langue des en- fants ; quand tu connaîtras celle des hommes, tu revien- dras convaincre les hommes. » Le petit-nègre c'est le jargon des Blancs, mais non la langue harmonieuse des Noirs que Mme Desbordes-Val- more comparaît au chant des oiseaux. Pour le douanier de Matadi Jean Léonard s'embarquait pour la première fois il y a quelque douze ans. Il était long et maigre. Jehan Rictus, Fil-de-Fer! — il se serait glissé dans votre peau. Jus- qu'alors, son métier de sculpteur sur bois l'avait mêlé aux artistes. Il hantait volontiers les jeunes écrivains du «Thyrse». Puis, on ne sait comment, une halle avait blessé ce calme garçon à la main, l'obligeant à chercher d'autres occupations. Son mutisme le désignait aux solitudes tro- picales. Ses rêveries dans les musées, ses lectures le mu- nissaient de suffisants souvenirs, de compagnons fidèles, qui rétabliraient le contact, quand Jean le voudrait, avec les points sonores de la civilisation. On l'envoya quel- que part aux environs de Pweto, à l'extrême frontière du Katanga. À peine installé, le poste brûlait, l'incendie anéantissant livres et archives. Il fallut trimer dur pour rétablir l'échange des courriers et surveiller la frontière. Un blanc, tout seul, sans manuel de palabres et sans cul- ture intellectuelle aurait sombré dans la neurasthénie. Heureusement, notre homme avait les ressources de son imagination, de ses lectures, de sa sensibilité. Il rétablit la station qui devint un centre actif. Après un premier terme, il revint en Belgique, puis repartit avec sa femme et son fils. Monté en grade, Jean Léonard était employé à la gare d'Elisabethville. Son épouse, Anglaise de nais- sance, s'évertuait à resserrer les liens entre la colonie bri- tannique et la population belge. Le ménage vivait heu- reux. Pendant la guerre, les Léonard placèrent leur enfant — 28 — dans un collège de l'Afrique du Sud où étudiaient les fils tt-e Botha et ceux d'industriels du Rand. Vraiment, Jean Léonard avait façonné le premier noyau d'une vraie fa- mille katanganaise. Dans cette province méridionale de notre Congo il se sentait chez lui; sa femme et son fils y re- trouvaient une patrie adaptée à leurs origines mixtes. Après son travail à la douane, le fonctionnaire repre- nait le ciseau du sculpteur. Il décora d'ornements gracieux le fronton du cinéma de la ville. Un peu d'art intéresse le passant, l'éloigné du terre à terre de la journée, fait refleu- rir la petite fleur bleue. On savait gré à l'artiste anonyme de cette façade attrayante parmi la monotonie des bâtisses officielles. Léonard, conduit à la bibliothèque par ses goûts, y était resté pour réassortir les collections roma- nesques. Le rayon de la littérature n'offrait que des ouvrages de Dumas, de Sand, de Lamartine, etc. Tout un assortiment de volumes, peut-être bien choisis, mais dont les auteurs étaient morts depuis plus d'un quart de siècle. A voir les bouquins, on se disait que les lecteurs étaient d'une autre époque ou retardaient joliment. Le bibliothécaire amateur, les remit à la page, fit entrer dans la petite agglomération coloniale les idées du jour, les formes de penser actuelles de l'Europe, les tendances nouvelles de l'art. Jean Léonard ne tirait pas vanité de son rôle. On l'ignorait d'ailleurs et on aurait bien surpris les habitants en leur montrant dans ce douanier silencieux, l'auteur de ces ornements qui ré jouissaient leurs regards ou le monsieur qui apportait chez eux les nouveautés intellectuelles comme à Paris ou à Bruxelles. Mais Jean Léonard n'était qu'un agent des douanes et quelque jour, on lui fit descendre tout le fleuve. Il a perdu le bénéfice d'une carrière passée dans une ré- gion qu'il avait fini par aimer comme sa seconde patrie. — 29 — On a rompu les attaches que sa femme, par son origine bri- tannique, avait si heureusement nouées avec les familles anglaises. L'embryon d'une souche katanganaise qui allait pousser des rameaux solides est détruit. Affaibli déjà par un long séjour sous le ciel d'Afrique, Léonard souffre double- ment de ce déplacement. Fin de terme, il n'est plus à l'âge où l'on s'acclimate dans une nouvelle contrée. Matadi, où il réside à présent est un endroit étranger pour lui. Sa santé est altérée. Une gastrite le livre aux fièvres. On sait que dans ce coin rocheux du Congo, les légumes frais sont rares. Cette privation ajoute aux difficultés contre les- quelles doit s'armer le ménage déraciné. Le rêve d'être citoyen du Katanga et d'y pouvoir organiser un véritable home katanganais, comme il existe des foyers boers dans le Veld et des homesteads sud-africains au Cap, s'est dou- loureusement dissipé. Dans sa nouvelle résidence, où le so- leil tape ferme, Léonard lutte courageusement. Il s'occupe à l'entrepôt, où il ne souffle un peu que lorsque l'Inspecteur a besoin de ses ouvriers noirs. Ceux-ci pour travailler au pier, où le sol chauffe furieusement, sont obligés de se mettre des sacs aux pieds. La besogne ne relâche qu'à six heures, quand tombe le crépuscule. Il nous faut alors, érv*t Jean Léonard, grimper vers notre maison située à soixante mètres de hauteur. Nous sommes rendus quand nous at- teignons son seuil. À quoi songer encore, si ce n'est à s'al- longer tout nu sous sa moustiquaire. On ne dira jamais assez la peine des humbles douaniers au port de Matadi... On ne l'ignore pas ici et bientôt leur situation s'amé- liorera. Si c'est vrai, faites Seigneur... chi Gouvernement, que Léonard, le douanier de Matadi, retourne au Ka~ fcanga! Souvenirs... On se lasse quelquefois d'écrire aux amis d'Afrique. On a tort. Mais il y a tant d'excuses à cette négligence. La réponse vous arrive si longtemps après la lettre envoyée à l'absent. L'hiver a pu succéder à l'automne, l'indifféren- ce à l'enthousiasme. De part et d'autre, les circonstances, la santé, l'humeur souvent ont varié. Il suffit d'un accès de fièvre pour exacerber une déception. Si, à ce moment, le cœur se confie au papier qui partira demain pour la Belgique, on dépasse la mesure. Les feuillets s'ajoutent aux feuillets. C'est la désolation de la désolation. Et voi- là le message embarqué, qui tant de jours après éveillera d'autres inquiétudes, suscitera des démarches devenues maintes fois inopportunes. Le temps a passé, ramenant le ciel serein. Un peu ridicule semblera alors la missive où le correspondant charitable s'efforcera à des consolations inutiles. Les larmes qu'elles voulaient sécher, depuis deux lunes, se sont heureusement évaporées. Ces considérations surgissent fréquemment quand on échange des correspondances lointaines. Un pli inattendu, arrivé par le courrier français en avance quelque peu sur le nôtre m'y ramène. Ces nouvelles sont adressées par le douanier de Matadi que le soleil tourmente moins. Pour un peu il chanterait ses louanges. Il se félicite de l'aménage- ment du nouvel entrepôt. Il y a bien encore de 30 à 36° à l'ombre, mais dans les bureaux la température est suppor- table. — 32 - La ville blanche escaladant le roc, fait songer à Ma- dère... C'est presque la phrase par laquelle le colonial salue la résidence où déjà les habitudes l'enracinent. Le foyer s'est reconstitué doucement, allègrement... J'ai pendu les photos, écrit-il, comme des œuvres d'art à la cimaise. On ignore la valeur de ces cartons que l'exil chaque jour rend plus précieux. Pas un agent qui ne leur jette un regard attendri quand il quitte sa maison, quand il les retrouve au retour. Je me souviens... Je n'ai pas en- core raconté cette anecdote. Elle remonte d'un passé soli- taire, de mes primes années d'Afrique passées loin des miens. J'habitais un chimbèque sur la frontière... Vrai- ment, je n'ai senti la solitude que le soir où ma hutte de pisé a pris feu. Je n'y étais pas seul. Il y avait tous mes portraits de famille. C'était une société affectueuse, in- dispensable, une sauvegarde morale. Evidemment les flam- mes au premier coup dévorèrent les légères images que je croyais éternelles. Je les croyais ainsi car il me semblait pouvoir, si je venais à les perdre, les reconstituer par la ferveur de mes souvenirs. Je me suis aperçu tout de suite qu'il nous faut un dessin, des lignes concrètes pour retra- cer, dans notre mémoire, un visage aimé dans le halo des heures vécues auprès de lui. L'autographe ne remplace point le moindre daguerréotype et la mode attendrissante qu'il conserve scrupuleusement. Comme je me suis senti abandonné sans mes photographies! Avait-on pensé, au pays, à cette perte douloureuse? J'y avais fait allusion dans ma lettre annonçant l'incendie. J'allais sans aucun doute recevoir les cartes-album qui devaient remplacer celles dissipées dans la cendre. Eh, bien non ! A Bruxelles, mes sœurs s'étaient immédiatement préoccupées à réassortir mes ustensiles de ménage, à me renvoyer un approvision- — 33 — nement copieux. On penserait plus tard à se faire photo- graphier ! Aussi quel fut mon désappointement! Je ne le confesse- fais jamais si d'autres, comme moi, n'avaient montré leur soin jaloux autour des visages de la patrie. J'attendais avec impatience le courrier. Le premier ne m'apporta rien de ce que je souhaitais. J'ouvris les caisses expédiées par le second. Six longs mois avaient été nécessaires pour qu'elles atteignissent mon poste éloigné. Comment allais-je revoir les chers miens? Il y avait en moi un effacement des choses européennes. Dans le cadre des palmiers et des bananiers, je voulais des présences connues. J'aurais don- né gros pour admirer le grand col blanc de mon fils... Cette fois encore, on avait oublié les portraits. Ah, mon cher ! je vis rouge... ou plutôt chocolat, car je saisis une lourde tablette de Menier que je lançai de dépit contre la cloison reconstruite de ma cabane. Quelqu'un m'observait. Mon boy. Il ne comprenait pas que pour moi ces douceurs ali- mentaires ne remplaceraient jamais les photos détruites. J'appris, plus tard, qu'il allait racontant aux alentours : — Le Blanc pour manger chocolat, pierre-chocolat d'a- bord briser elle contre le mur. Comme tout est affaire d'interprétation! J'en ris à pré- sent que mes portraits sont déployés en éventail devant moi. Ils emplissent mon home de souvenirs animés. Ils m'incitent à croire qu'on n'est pas plus mal à Matadi qu'ailleurs. Il fait beau dehors. Des fois, on voudrait pour- tant que le soleil eût noyé ses enfants dans le fleuve, com- me on dit dans la fable indigène. Une jolie fable. Je te la réciterais bien, mais l'<( Asie », qui emportera cette épisto- Ie, doit lever l'ancre tout à l'heure... Méphants Nous étions quelques-uns réunis dans ce studio très simple de la rue Neuve où, sur la cheminée, un fétiche des Bena-Lulua a remplacé la « Belle Inconnue » trop con- nue. Le peintre B., dont la femme a révélé la pittoresque musique de Strawinsky, lisait le dernier numéro de la « Bulawayo Chronicle ». Il se tient volontiers au courant des nouvelles du pays où il « prospecta », il y a quelques années, non pour découvrir des mines, mais des œuvres d'art. Il se montre très fier d'une collection de statuettes nègres et d'une bibliothèque d'ouvrages exclusivement consacrés au folklore bantou. Il répète qu'au point de viv artistique aussi bien qu'au point de vue économique l'avenir se trouve au cœur du continent noir. Un article du journal rhodésien qu'il parcourt tout à coup l'arrête : — Voyez, s'écrie le peintre exotique, on annonce une nouvelle découverte d'or... The Golden North ! Là-bas aux sources du Nil. Et savez- vous qui dirige la troupe des chercheurs de métal jaune ? Un de mes anciens compa- gnons. Il porte presque le même nom qu'un chirurgien distingué de notre ville. Je crois qu'il est Belge et lui se prétend Australien ou Rhodésien. Je le retrouve tout en- tier dans cette note qu'il a envoyée à la presse du Sud. C'est son flair de chasseur de gros gibier, plutôt que l'a- mour fiévreux de l'or, qui perce dans son message... « There is good shooting : éléphants, rhinos and giraffes abound ». Comme c'est lui et comme son cœur devait bat- -36- tre en apercevant le premier troupeau d'éléphants. Il y en avait trois cent, écrit-il plus loin, plein de lyrisme. — Mais l'or ? interrompt un poète moderniste et prati- que comme le sont la plupart des chantres de la jeune école. Délimitez-nous donc le placer plus exactement, que nous y courrions. — Ah, mon ami, quelles préoccupations peu romanti- ques. Je crois mon camarade africain plus poète que tant d'autres. Les inventeurs de la brousse ressemblent fort à nos inventeurs d'Europe, ils s'emballent sur un indice, comme le rêveur suit la trace des fées, acceptent toutes les avanies, supportent toutes les fatigues, la soif, la faim, la fièvre. Puis, quand ils ont « reconnu » le filon précieux, ils cèdent le terrain que d'autres exploiteront et comme presque tous les inventeurs, disparaissent à la poursuite d'une nouvelle illusion ou meurent dans la misère. Mon homme, quand je Pai rencontré pour la première fois, battait la forêt de l'Ituri, sur la piste des éléphants. Il me racontait ses joies de chasseur. Connaissez-vous ce livre de Bronsart von Schellendorff, qui vécut de longues an- nées dans les solitudes congolaises et raconta la vie des animaux sauvages ? C'est aussi beau que les histoires de la Jungle. Eh bien, j'ai vécu intensément ces récits de Kipling ou de Bronsart, où l'homme est le personnage ac- cessoire. J'ai observé, dans un paysage de préhistoire, ces bêtes majestueuses dont mon ami connaissait si curieuse- ment les mœurs. Ce sont bien les vrais empereurs de la nature et l'on comprend que les Romains aient emprunté le mot punique « Kaisar » (éléphant) pour désigner leurs chefs, ne trouvant point dans leur langue d'image plus solennelle. Et voilà l'artiste lancé dans ses souvenirs de carava- nier. Les vieux mâles, portant de lourdes pointes d'ivoire, — 37 — s'écartent, errent seuls. Ils sont trop sages pour exposer leur peau parmi une foule ignorante. J'en ai connu un, de ces graves philosophes qui passait cependant de longues heures près de certaines femelles. Il avait choisi un sanc- tuaire bien abrité sous les longues herbes. Mais ces ren- dez-vous sont rares. On dirait qu'ils connaissent la valeur de leurs défenses. Ils fuient au premier signe de danger. Les proboscidiens ont pourtant un sentiment de sociabi- lité accusé. Ils n'abandonnent point l'animal blessé. J'ai assisté un jour à un spectacle touchant. Attiré par un grand bruit, j'aperçus dans la rivière un vieil éléphant flanqué et suivi de près de deux ou trois femelles qui sem- blaient soutenir l'ancien. A coup sûr, il souffrait et ses compagnes l'assistaient... On a pu dire que l'éléphant mou- rait debout. Je n'en ai jamais vu s'étendre et ils dorment sur leurs pieds. Aussi bien, leur sommeil est de courte du- rée. Il faut les observer de bien près pour s'apercevoir qu'ils ferment l'œil. Une chose m'a toujours fort étonné : c'est la foule indigène qui se presse autour de l'éléphant abattu. On se demande d'où sortent tous ces gens, dont on ne soupçonnait même pas l'existence quelques minutes auparavant. J'aurais à vous raconter bien d'autres traits ; ces conciliabules d'êtres gigantesques sous la lune, leurs réunions dévastatrices dans les bananeraies, leurs salles de danse dans la sylve, la tendresse de la mère éléphant pour son (< toto », la marche silencieuse de ces grands animaux. Ils se dissimulent si bien. Ils ont l'air alors de s'avancer sur la pointe des pieds. Je décrirai quelque jour leur fine intelligence. L'artiste hindou qui nous charme par ses dessins gra- cieux, se sert d'un poil d'éléphant pour les tracer. Le sa* viez-vous ?... lie fétiche inspirateur A-t-on ri de ce fétiche baluba, grave et impudique, qui, ornait le coin de mon bureau ! L'idole jamais ne s'est las- sée des sarcasmes. Les moqueurs, par contre, ont pris un air de gravité devant elle qui semble désormais sourire. Une initiation mystérieuse a peut-être opéré ce change- ment. Il se manifeste au-delà de ma chambre, dans la ville et parmi les passants. Inutile de souligner le succès de ce poète français réputé venant nous parler de la littérature nègre. Un public mondain et artiste l'écoutait attentive- ment dans une salle de librairie où ne se vendent que des ouvrages de luxe. L'attention prouvait le plaisir de l'audi- toire à écouter des chants de la brousse. Bien des assis- tants, sinon tous, se distinguaient des badauds ou des snobs que seule la promesse d'un spectacle bizarre attire. Des lettrés, des amateurs avertis, des coloniaux, des gens préparés de quelque façon voulaient à cette occasion, compléter des recherches, satisfaire un goût d'expansion intellectuelle. Cette réunion témoignait de l'existence d'une certaine sensibilité coloniale. Comme dans les inté- rieurs hollandais ou anglais, des objets façonnés par des indigènes d'outre-mer se mêlent aux souvenirs familiaux, la pensée des poètes anonymes de l'Afrique s'unissait à celle des Blancs en ce local artistique. A la sortie je rencontre M. Franz Hellens, l'auteur de « Bass-Bassina-Boulou », ce roman d'un fétiche congo- lais, qui compte plus de deux cent-cinquante pages d'un texte serré. Que de veilles représentent semblable œuvre d'imagination ! 4o — Mais au fait demandé- je au poète, est-ce bien un li- vre d'imagination pure? Il y a des passages qu'un ethno- graphe seul aurait pu écrire. — Je ne suis jamais allé au Congo. Sans doute, j'ai compulsé deux ou trois volumes spéciaux ; trois, au maxi- mum. — Mais alors ? — Vous connaissez le beau fétiche que je possède. Il constitue à vrai dire, l'unique document sérieux. Ce mor- ceau de sculpture nègre forme le héros de mon livre et celui-ci tout entier a été inspiré de celui-là. A force de regarder, d'admirer, de scruter la statuette, je crois avoir évoqué non pas un milieu géographiquement défini et des personnages connus, mais l'atmosphère odorante, colorée, jargonnante où s'expriment les types caractéris- tiques du Centre africain, sorciers, femmes, chefs et le chien. Un écrivain de chez nous vient donc d'animer un petit dieu nègre, taillé dans un bloc de manguier. Pour écrire ses mémoires, il s'est promené de longs jours dans un rêve exotique ; se transportant au bord du fleuve, visi- tant des huttes de sorciers, prenant part aux danses, écoutant les fables, épiant les habitudes locales, déro- bant au village noir son secret. De ce voyage imaginaire, l'auteur nous rapporte une attachante histoire plus pro- fonde ,plus près de la vérité humaine que tant d'études savantes sur les populations primitives de notre Congo. Dans cette fantaisie de Bass-Bassina-Boulou, les conver- sations intérieures que les prétendus sauvages connais- sent comme les civilisés, le murmure de l'âme noire, pren- nent un ton réel. Une interpénétration agit. Le lecteur captivé suit les avatars du fétiche auquel il croit adresser les paroles de son créateur : — 41 — « Toi, Bass-Bassina-Boulou, tu es le maître de l'uni- vers. Ecoute-moi. Parce que tes yeux sont grands, par- ce qu'ils ne se ferment jamais, comme les yeux du lynx, tu verras toutes les choses que les hommes ne peuvent voir. Parce que ton nez est droit et coupé comme la trom- pe du tapir, tu sentiras les odeurs qui trahissent le mal caché et la vertu timide. Parce que tes oreilles sont lar- ges comme les oreilles de l'éléphant et taillées en demi- cercles réguliers, tu entendras les bruits insoupçonnés qui vibrent dans la substance de la terre, de l'air et des ar- bres, et les voix cachées de la conscience. Parce que ta bouche est courte et serrée, pareille à la fente du coquil- lage, et parce que je l'ai brûlée avec le fer rouge, tu goû- teras les nourritures subtiles que les hommes ne peuvent goûter. Parce que ta mâchoire inférieure est avancée, tu seras constant et volontaire. Parce que ton visage est composé de quatre courbes et de deux angles, tu seras maître de l'harmonie du bien et du mal. Parce que... » Il faudrait reproduire l'incantation lyrique du féti- cheur pour marquer la signification de l'icône africaine. Il suffit de songer qu'inspirée par celle-ci, un poète a écrit un livre entier, d'une substance singulièrement atta- chante. Il y a bien des leçons à tirer des images nègres. Aujour- d'hui, un romancier nous montre, à travers, les concep- tions probables des Noirs. Demain, nos décorateurs en co- pieront les ornementations sobres, mais cependant inatten- dues et suggestives. Ainsi les motifs pittoresques de la colonie, de ses arts, éveillent des correspondances sympathiques et fructueu- ses au cœur de la métropole. Que le fétiche baluba en soit loué ! Eirongozi — Kirongozi ! Kirongozi ! Ce n'est pas le chant du coq, m'écrit-on du Congo, néanmoins ce vocable harmonieux a réveillé Stanleyville ce dimanche d'avril. Il s'agit d'un journal, dont le premier numéro vient de paraître. Pour les bibliophiles, c'est une pièce rare. Songez donc, l'exemplaire princeps du premier journal congolais. Kirongozi, son ti- tre, signifie « le capita », « le guide de la caravane ». Cette feuille rédigée en kiswahili s'appellerait chez nous. « L'In- formateur », par exemple. De fait, notre gazette nègre pré- tend informer les Noirs des nouvelles de la Province Orien- tale et du Katanga. L'innovation est excellente. On la vou- drait voir suivie dans d'autres districts. Bien sûr, quel- ques publications rédigées dans les principaux dialectes aideront à répandre l'instruction. Le cas échéant, ils ser- viront à combattre l'influence néfaste de certains pam- phlets étrangers colportés sous le manteau. En lisant sa feuille hebdomadaire ou mensuelle, l'indigène acquerra des notions utiles de toute nature. Que de renseignements pratiques sur l'hygiène ou l'agriculture, peuvent être ré- pandus par ce moyen ! Regardez le « Kirongozi » que je vous envoie. Il vous en dira plus long que tous mes com- mentaires... Je parcours les quatre pages grand in-quarto du petit journal nègre. Sa manchette est illustrée du portrait cas- qué du Roi Albert et de la photographie de la Reine Elisa- beth. Le prix du numéro est de vingt centimes. Un bref ar- ticle de fond expose sans doute le programme de la rédac- — 44 — tion. Suivent alors quelques lignes biographiques sur la fa- mille royale. Une leçon de langue kiswahili permet de con- naître quelques règles de prononciation. Enfin, « Kirongo- zi » reproduit un conte indigène, bien significatif dans sa substance et dans son allure. Au fait, je le recopie pour les amateurs : LE VOLEUR ET LE SOULIER Il y avait un homme qui conduisait sa brebis. Chemin faisant, il vit un soulier et se dit : « Ce soulier est tout seul, il ne peut donc pas servir. » L'homme continua son chemin durant une demi-heure et vit alors le deuxième soulier, qui était semblable à celui qu'il avait rencontré d'abord. Il se dit : Je lierai ma bre- bis ici, afin d'apporter celui que j'ai laissé là-bas dans le chemin. Etant arrivé, il ne le vit plus. Il revint à sa brebis. Il ne vit plus sa brebis ni ce soulier, et constata qu'un vo- leur avait tout emporté. Il s'en alla chez lui n'ayant plus rien : ni brebis, ni soulier. Sans doute le charme ni le rythme de l'idiome original n'y sont plus. Mais il reste une analogie avec des fables de chez nous. On ne songe pas tout de suite au chien qui a lâché la proie pour l'ombre. Pourtant n'est-ce point la même leçon morale, qui se dégage de l'amusant récit indi- gène? Le tour de celui-ci, dans sa rapidité naïve, conserve une saveur imprévue. On s'attend à une conclusion mo- rale comme nous y habitua le bon Lafontaine. Il avait de- viné que nous ne l'écouterions que d'une oreille dans une classe bien close, dont les fenêtres chaulées empêcheraient d'apercevoir, et la nature et les animaux, et nos sembla- bles enfin aux prises avec les mille difficultés de la vie ! Le moraliste nous aidait donc à comprendre les histoires par lesquelles il voulait enseigner l'habileté et la prudence nécessaires aux humains. Le conteur nègre, lui, néglige la — 45 — leçon, le mot de la fin. Il parle à des gens en contact direct avec la nature, à des chasseurs, à des guerriers, à des en- fants vivant en plein air, près des plantes et des bêtes, avertis des embûches et des ruses de la brousse. Chacun d'eux tirera aisément de l'histoire qui lui est contée, une moralité souvent pleine d'attraits. Elle lui rappellera ses propres expériences. Il se retrouvera dans le personnage anonyme dont les mésaventures romancées suscitent son hilarité. D'un apologue de griot, que d'informations ani- mées se peuvent extraire ! C'est de la vraie chronique nè- gre. Cette partie du journal, à mon sens, mériterait d'être développée. J'aimerais connaître la pensée de quelques poètes noirs modernes, dont la signature serait dévoilée. Toute la littérature de l'Afrique centrale arrivée jusqu'à nous reste pour ainsi dire anonyme. Quand, à de rares en- droits du décameron noir, se découvre le nom ou le surnom d'un aède, ce signe humain ajoute à notre émotion. Il y a quelque temps, un artiste français dont l'exposition rem- porta un vif succès à Kinshasa, publia deux vers du poète congolais Kou-Singa. Une voix d'Afrique se faisait entendre qui charmait. Son thème ressemblait au « Carpe diem » d'Horace. Chaque tribu doit avoir son trouvère, son aisto- Tiographe. « Kirongozi » nous l'apprendra quelque jour. FIN. TABLE PAGES Préface 3 Curios et Curieux 7 Un jeune explorateur 11 Sous le signe de la Douleur ..-...:.. 15 Contes 19 Des Mots 23 Pour le douanier de Matad: 27 Souvenirs 31 Eléphants 35 Le fétiche inspirateur 39 Kirongozi 43 Fin de la Table. Achevé d'imprimer par L'IMPRIMERIE du CENTRE 2Ô, REMPART KIPDORP, ANVERS le 20 juillet 1922 pour L'Essor Colonial O 1 Ll B RAR I ES SMITHSONIAN INSTITUTION^NOIlfUliSNrNVINOSHill si NOIlfUI±SNI_NVINO$HllWS S3IUVHan LIBRARIES^SMITHSONI/ lui o -J 2 _J 2 1 LIBRARIES SMITHSONIAN INSTITUTION NOIlfUllSNI NVINOSH1II/ z ^ NOIinillSNl"NVINOSHllWS^S3 I HVH a n~LI B R AR I ES^SMITHSOM/ 1 Ll B RAR I ES^SMITHSONIAN INSTITUTION^NOIlfUllSN^NVINOSHlIV in 1 NIOliniliSNI^NVlNOSHlIWS S3 I UVH a nJLI B RAR I ES^SMITHSONI/ 7Q > 70 1 "Ll B RAR I ES SMITHSONIAN""lNSTITUTIONC/>NOIinillSNrNVINOSHliy 2 \ g> ^ Z X <" 2 i MoiinxusNi_NViNosHiiws^s3 1 u va a h2li B RAR i eswsmithsonia 5 fié ^1 5 v». % (|f ^|) | /F : ^ ^ _) z -» z — _l luvaan libraries smithsonian institution NoimiusNi Nvir oo — oi - TITUTION NOIlfUIJLSNI NVINOSH11WS S3IUVUan LIBRARIES SMI" _ C/J z w Z ..,. <£ Z ' OO Z (/) Z lavuan libraries smithsonian institution NoiimusNi nvii (/) — V) .4 V> o ITUTION~NOIinillSNI~NVINOSHlllMS S3ldVUan LIBRARIES SMI Z £ > Z r- Z & ~ ^W" oô ^Çf^^/ - luvuan libraries smithsonian institution noudiiisni nvi; o I ^W s ^W/7 * >£*> s ^#W = lit OO *' z ôo •*- z ^ ^ = O) SftK^ e CÛ SMITHSONIAN INSTITUTION LIBRARIES 3 9088 00065 1620